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Burundi : L’unité des Burundais à l’épreuve de la révision de la Constitution

Burundi : L’unité des Burundais à l’épreuve de la révision de la Constitution

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En allant vers la révision de la Constitution issue de l’Accord de paix d’Arusha qui avait mis fin à une décennie de guerre civile, les autorités burundaises risquent de mettre en péril l’unité, encore fragile, des Burundais. 

D’aucuns s’en inquiètent déjà. Unis sur papier depuis plus de deux décennies (Charte de l’unité scellée en 1991), les Burundais tentaient encore de l’être aussi dans la vie quotidienne, grâce à l’accord d'Arusha. 

Du nom de la ville d’Arusha en Tanzanie, cet accord de paix pour le Burundi a été signé le 28 août 2000 après plus de deux ans de laborieuses négociations sous l'égide de l’ancien président sud-africain, Nelson Mandala, pour tenter de mettre fin à la guerre civile burundaise déclenchée en 1993. 

L’effet de cet accord sur l’unité des Burundais est indéniable. En l’espace d’une décennie, le tissu social, jadis écartelé, s’est ressoudé un tant soit peu, en particulier au sein de l’armée, historique pomme de discorde entre les Hutus et les Tutsis, deux principales ethnies rivales du Burundi. 

«Le Burundi doit beaucoup de progrès à l’Accord d’Arusha : toutes les ethnies sont aujourd’hui représentées dans les corps de défense et de sécurité alors que c’était le monopole d’une seule ethnie (minorité tutsi), cette représentation est aussi effective dans les autres institutions», a déclaré à Anadolu Alexandre Kabahizi, politologue. 

Les négociateurs d’Arusha avaient notamment recommandé, dans cet accord, le brassage des combattants dès 2003 et, du coup, l’armée et la police ont depuis lors ouvert leurs portes aux ex-rebelles issus de la galaxie de mouvements rebelles dominés par des membres de l’ethnie Hutue (majoritaire). 

«La mayonnaise a pris, d’autant que les militaires burundais sont soudés entre-eux et volent même au secours des autres nations dans des opérations de maintien de la paix», a déclaré à Anadolu Gérard Bisabityo, expert en résolution des conflits. 

Au lendemain de l’accord d’Arusha, le Burundi est devenu un cas d’école ou un modèle de réconciliation jusqu’en 2015. Jusqu’à fin avril 2015, date à laquelle le pays a plongé dans une grave crise, émaillée de violences, suite à la candidature du président Pierre Nkurunziza à un 3ème mandat, qu'il a obtenu en juillet de la même année, en violation de l'accord d'Arusha et de la Constitution qui en est l’émanation. 

Alors que l’actuelle issue de l’Accord d’Arusha prévoit des quotas ethniques dans les institutions comme le parlement, le gouvernement et l’appareil judiciaire, celle qui sera bientôt soumise au référendum populaire annonce l’abandon de ces quotas ethniques. 

Ce qui, à terme, risque d’ébranler l’unité encore fragile des Burundais. 

«Le risque est grand pour le Burundi de replonger dans la violence, puisque le législateur a gommé toute référence à l’Accord d’Arusha dans la nouvelle constitution», a ajouté Gérard Bisabityo, expert en résolution des conflits. 
D’aucuns craignent aujourd’hui que les rivalités entre Hutus (ethnie majoritaire) et Tutsis (ethnie minoritaire), soient exacerbées après cette réforme constitutionnelle. 

Même l’ONU a récemment exprimé ses craintes. Dans un rapport présenté le 6 février devant le Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’Onu Antonio Guterres a déclaré que «la situation politique demeure tendue au Burundi», notant que «le Gouvernement continue d’essayer d’obtenir une révision de la Constitution, ce qui exacerbe les tensions avec l’opposition». 

Bujumbura a immédiatement contesté ces propos. 

Insensibles aux mises en gardes récurrentes de l’opposition et de la communauté internationale, les autorités burundaises passent, ainsi, à la révision de la constitution sans attendre les résultats du dialogue extérieur jugé plus indépendant et conduit par la Communauté est-africaine (CAE) sous l’égide du Facilitateur Benjamin Mkapa. 

Bujumbura est déjà dans sa dernière ligne droite vers la révision de la constitution via un référendum constitutionnel. 

La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) dont le mandat a été prolongé de six mois, en décembre dernier, a déjà fixé le rendez-vous en mai prochain. 

Depuis fin avril 2015, le Burundi est secoué par une grave crise politique et sécuritaire, née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile. 

Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 428.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 31 janvier 2018. 
 

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