Tunisie: Le fléau de la "Baleine bleue" : Dr. Jekyll et Mr. Hyde ?

Tunisie: Le fléau de la "Baleine bleue" : Dr. Jekyll et Mr. Hyde ?

Une campagne, relativement timide pour certainement ne pas créer un climat de psychose, a démarré en Tunisie, menée essentiellement par le ministère de la Femme, de la Famille et de l'Enfance.

Il s'agit essentiellement de SMS largement diffusés où les parents sont invités à encadrer les enfants face à l'utilisation libre et abusive de l'Internet. Ils entrent dans le cadre de tout un programme pour arrêter la "Baleine bleue" qui a déjà fait des victimes dans des régions différentes du pays.

Un chiffre qui peut croître, étant établi que ce jeu mortifère séduit une frange de plus en plus importantes d'adolescents. Les deux dernières sont originaires de Sidi Alouène du gouvernorat de Mahdia (200 kilomètres sur le littoral au sud de Tunis); une petite élève brillante d'à peine quatorze ans a succombé pendue, alors qu'un autre garçon de la même localité est en soins intensifs. Il aurait connu un sort identique, n'eût été un secours inespéré de dernière minute.

A l'évidence, on n'en fait pas assez pour stopper le fléau.C'est ce qu'ont exprimé, en début de semaine, de nombreux parents au délégué de l'enfance à Mahdia. 

-Un danger universel 

Chez les voisins algériens, le phénomène fait fureur et il a également tué, poussant les autorités à prendre des mesures pour contrer ce "jeu". Là aussi, on s'y est pris un peu tardivement, car le"Blue whale challenge" (littéralement : le challenge de la baleine bleue) a, depuis sa parution en 2015, provoqué des centaines et des centaines de suicides, surtout dans son pays d'origine, la Russie, mais également ailleurs dans plusieurs contrées du monde, à l'Est comme à l'Ouest.

Manipulés sur les réseaux sociaux par un "mentor" qui les incite à relever des défis successifs-une cinquantaine, en tout-, sans cesse croissants en difficulté et en morbidité, des enfants arrivent jusqu'à l'épreuve suprême : sauter du haut d'un édifice ou se mettre une corde autour du cou pour lâcher pied et se laisser balancer dans le vide.

Auparavant, ils sont incités à écouter une musique spécifique, à voir des films d'horreur, à ne pas parler à leurs parents pendant une journée... (jusque-là, rien de vraiment dangereux), puis à se scarifier, s'auto mutiler, s'asseoir sur le bord d'une haute terrasse et balancer ses jambes... Leur "courage", dont ils doivent apporter la preuve filmée, est glorifié et félicité pour les pousser à continuer. Ils sont sur la bonne voie pour devenir un "animal hautement évolué", comme la baleine bleue à laquelle on prête la "disposition, quand elle le décide, de se laisser échouer volontairement sur un rivage; Les enfants qui veulent lâcher en cours de route, sont nargués, ridiculisés et même menacés par leur "administrateur" virtuel.


Lancé en Russie en 2015 par des utilisateurs anonymes sur VKontakte (le 5è site le plus populaire au monde avec plus de 400 millions d'utilisateurs enregistrés), le jeu a tout de suite suscité l'engouement de dizaines de milliers d'enfants russes. Mais plus d'une centaine se sont donné la mort en quelques mois.

Dans un pays où le taux du suicide infantile est très élevé, les autorités ont mis du temps pour lier ce pic à la Baleine bleue. Suite à des arrestations pour incitation au suicide, VKontakte dont les responsables clamaient leur innocence, a éliminé plusieurs pages marquées du hashtag "bleue", "je joue pour le jeu", "mer des baleines", bref tout ce qui s'apparente au grand mammifère cétacé.

Sans arrêter totalement le fléau sur la terre des Tsars et ailleurs où il a eu le temps de se propager, surtout en Pologne, en Roumanie, en Bulgarie, et Hongrie et même en France, une certaine accalmie a été observée.

Mais dès le milieu de 2016, la toile a été submergée de posts arborant les terribles hashtags publiés sur de faux comptes. La Baleine bleue reprenait de l'ampleur et les suicides remontaient en flèche. Le gravissime c'est que tout ce qui a été entrepris pour contrecarrer cette application a été vain. Internet, créé pour faciliter les choses, permettre des avancées technologiques et améliorer la qualité de la vie, devenait morbide et "out of control". Tout comme la maîtrise de l'atome a entraîné les bombes qui ont détruit Hiroshima et Nagasaki. Décidément, on plongeait en plein dans "L'étrange cas du Dr. Jekyll et Mr. Hyde" de Robert L. Stevenson. 

-Pourquoi cette volonté de nuire ? 

Effectivement, les organismes de contrôle et de protection informatiques peuvent fermer des sites ou des applications -ce qui prend beaucoup plus de temps-,dénicher des "malfaiteurs" du Web, mais il leur est impossible, en l'état actuel des choses, de bannir toutes les exactions aux desseins malveillants, malsains ou mortifères.

Tout au plus sont-ils capables de mettre en place, comme c'est le cas pour Facebook aux States, une intelligence virtuelle qui détecte les personnes en désarroi extrême et susceptibles d'attenter à leur vie, pour entrer en contact avec eux et leur offrir le concours de spécialistes. Mais ce ne sont là que des solutions préventives, palliatives, de sensibilisation, de conseil ou de soutien dont les effets ne peuvent être probants que lorsqu'il y a conscience de danger et volonté d'écoute et d'adhésion.

Or, quand il s'agit d'enfants et d'adolescents fragiles qui se sentent mal aimés ou incompris, mal dans leur peau, révoltés contre le monde cynique, selon eux, des adultes, décriant l'absurdité de la vie, le "soit-disant pragmatisme et l'autorité de leurs parents, il est clair qu'ils refuseront de prêter l'oreille et rendront nulles des initiatives de ce genre.

C'est pourquoi la majorité des psychologues s'accordent à dire que c'est d'abord aux parents d'apprendre à connaître leurs enfants, de savoir comment les approcher, les aborder, leur montrer qu'ils sont de leur côté et déceler à temps des comportements inhabituels, comme un excès d'esseulement, un état mélancolique répétitif... Ils doivent aussi les inciter à ne pas se contenter de l'ordinateur, de les habituer à la lecture par exemple et les diriger vers d'autres activités de groupes, aussi ludiques que distractives et sportives. 

La grande question reste toutefois la suivante : qui a créé ce "jeu" et dans quel but ? Pourquoi mener jusqu'à la mort des enfants innocents qui n'ont d'autre tort que celui de s'être trouvés dans un environnement familial et social défavorable ?


Il est clair que le fléau "la Baleine bleue" n'est pas l'oeuvre arbitraire d'un fou isolé. Il a été pensé élaboré et exécuté par des esprits érudits doublés de fins psychologues soutenus par des maîtres de l'informatique.

Or, qui peut réunir toutes ces "compétences", sinon un laboratoire ou un des services de sécurité secrète qui, comme l'a laissé entendre un expert russe en la matière, ont toujours mené des expériences dans le domaine de la manipulation des masses. Le fait que le mal se soit propagé à l'Est comme à l'Ouest, au Nord comme au Sud, serait, lui, fortuit et peut être non voulu. Ce qui nous ramène aux pesonnages de Stevenson Jekyll et Hyde.